Laques

Aux lendemains du second conflit mondial, tandis qu’il poursuit ses études d’art à Paris, NGUYỄN Sao rencontre un petit groupe de compatriotes artistes, dont l’un des membres, TRAN Minh Tho, a conservé des liens avec un atelier de laque implanté à Saïgon, et c’est alors qu’il commence à pratiquer la peinture à la laque naturelle.

Cependant, face aux difficultés d’approvisionnement régulier en laque végétale venue du Viêt Nam, le choix semble avoir été fait de limiter l’utilisation du bois comme support et de réserver la matière première au seul décor. En effet, l’apprêtage traditionnel des panneaux de bois, long et complexe, nécessite de grandes quantités de laque.

Le détail des réalisations créées à Paris entre 1948 et 1951, n’est pas connu actuellement. Un exemple de cette époque a été porté récemment à la connaissance du public par la société de ventes Aguttes. Il s’agit de « Conversations dans un sous-bois« , Paris vers 1950, coquilles d’œuf, pigments et laque sur un support de toile, 73×96 cm.

Revenu au Viêt Nam en 1952, NGUYỄN Sao se remet à la pratique de l’art traditionnel de la laque naturelle. La période 1960-1971 est l’apogée de sa création artistique en tant que Maître laqueur. Des laques sur bois sont présents aux trois expositions de la fin 1962. Onze laques sont présentés à l’exposition de 1963. Et en 1965, trente peintures à la laque figurent à l’exposition de l’Alliance française de Saïgon, représentant deux années de travail et de recherche. A la veille de son retour en France, il possède une cinquantaine d’œuvres laquées sur panneaux de bois.

Les laques de NGUYỄN Sao se rapprochent par leur style de ses peintures : il emploie en effet une technique très personnelle où les nuances sont finement rendues, même dans les parties incrustées de coquilles d’œuf. Par le choix des coquilles, en les brûlant et en les écrasant pour les réduire en poudre et les mélanger à la laque, il arrive à obtenir une palette presque aussi riche que celle de la peinture.

En plaçant les morceaux de coquilles sur la laque, en passant une à deux couches de laque transparente dessus, et en arrêtant le ponçage au moment voulu, il réalise cet effet de relief très particulier avec toute une gamme de couleurs. De grandes œuvres ont été ainsi conçues selon cette technique et ont été acquises par des amateurs d’art et collectionneurs : dans cette lignée, il faut citer entre autres « Les trois Parques« , « La couronne d’épines du Christ« , « Le chemin de croix« , « Les baigneuses« …

Les trois Parques, laque avec coquilles d’œuf (vers 1960)
Les trois Parques, laque avec coquilles d’œuf (Saïgon, vers 1962)

De nombreuses recherches l’ont aussi amené à mélanger la laque avec des couleurs dites « immortelles« , pour obtenir des tons intermédiaires, des nuances plus douces et des couleurs plus fraîches que celles des laques traditionnels.  Il a ainsi créé des gammes de gris-rose, gris-bleu et gris-vert. Par ces mélanges et ces tonalités tout à fait nouvelles avec ce médium, il donne ainsi à ses panneaux de laque de nombreuses couleurs de la peinture classique.

Ronde autour du flamboyant, laque (vers 1960)
Ronde autour du flamboyant, laque, 60×80 (Saïgon, vers 1965)
La Femme au lotus, laque avec feuilles d'or
La Femme au lotus, laque avec feuilles d’or, coll. part. 81×60 (Saïgon, 1971)
Les quatorze stations, laque avec coquilles d’œuf (Saïgon, vers 1960)
Le chemin de croix, laque avec coquilles d’œuf, coll. part. 50×80 (Saïgon, vers 1962)
Danse à Saint-Flour, laque (vers 1962)
Danse à Saint-Flour, laque, 50×60 (Saïgon, vers 1967)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

123_LesRochersDeHaTien_protegeNoir_zoom_bas
Les rochers de Ha Tien, laque 60×90 (Saïgon, vers 1965)
Conversations sous les bananiers, pigments et laque 60×40 (Saïgon, vers 1969)
Le rocher de Thach Dông, or, pigments et laque, 44×55, (Saïgon, vers 1970/72)
Envol de cigognes sur un champ de riz, laque et pigments, or et nacre, 61×109 (Saïgon, vers 1970/72)